GRETA BUYSSE

Après la vie  et l’amour, après la mort inéluctable, survient l’éternité. Dans la création photographique de Greta Buysse, le mystère et les émotions tangibles se succèdent par alternance, exigeant du spectateur une implication identique envers les personnages.

Dans le cycle ‘’For Ever ‘’, les modèles entrent en contact entre eux comme par effet du hasard : un frôlement doux et fugitif, un regard échangé. Les yeux sont souvent refermés, a l’instar de l’introversion des sujets. Dans ‘’Carissima’’, même les enfants choyés par la présence de la figure maternelle, garde ce regard rêveur  qui se perd dans le lointain.


© Thierry Buysse

Après la vie  et l’amour, après la mort inéluctable, survient l’éternité. Dans la création photographique de Greta Buysse, le mystère et les émotions tangibles se succèdent par alternance, exigeant du spectateur une implication identique envers les personnages.

Dans le cycle ‘’For Ever ‘’, les modèles entrent en contact entre eux comme par effet du hasard : un frôlement doux et fugitif, un regard échangé. Les yeux sont souvent refermés, a l’instar de l’introversion des sujets. Dans ‘’Carissima’’, même les enfants choyés par la présence de la figure maternelle, garde ce regard rêveur  qui se perd dans le lointain.

Greta Buysse dévoile le corps féminin afin de le rendre porteur d’un message, se substituant, telle une narratrice, à une histoire complète.

Les voiles et les tissus se transforment en strates d’étoffes révélatrices, renforçant le contenu el la sensibilité qui viennent achever la composition. En marge, des impressions de voyages saisissantes côtoient des architectures et des souvenirs d’un passé révolu. Le ‘’setting’’ n’est pas conçu comme obligation décorative, il est présent tel un co-narrateur de l’histoire. Les ‘’Anges Musiciens’’ de Hans Memling dans ‘’My childhood – Souvenirs d’Enfance’’ et ‘’Angelsong’’ remontent aux premières sensations de la photographe. A la même mesure, les blessures qui renvoient la modèle sont littéralement inondées d’une musique angélique, les apaisant grâce aux sons célestes, ce sont des Anges Gardiens, ‘’Gardian Angels’’.

Dans ‘’ Vénus’’ et ‘’Odalisques’’, les temples antiques et les attitudes anciennes s’associent, s’ordonnant par suppositions. Ingres n’est jamais loin. La texture de l’épiderme s’intègre dans l’architecture, la peinture, l’environnement. ‘’L’origine du monde’’,le sens de l’ éternité, se conjugue avec ’’I Love You’’, écriture monumentale peinte sur un mur, sur un corps. A chaque fois la féminité s’avère monumentale, finale, ultime.

Greta Buysse s’est également inspirée de l’iconographie classique telle ‘’Les Trois Grâces’’ ou ‘’Ophelia’’. Où la nature et l’architecture sont intimement reliées au corps féminin. S’ajoutent à cette démarche, la danse, la musique et la peinture historique et contemporaine, aux sources de ‘’River Deep’’ et son pendant ‘’Mountain High’’. C fut parfois un thème ; parfois suite à une rencontre, un contact avec une âme sœur. ‘’L’ombre de ton ombre’’, ’’Extacy’’, Momento Mori’’ sont d’autant de portraits exceptionnels, des visages d’hommes, vus de face et de front, sans merci, tout en n’étant pas dénués de tendresse en de grand respect. Lentement, la spiritualité dans l’œuvre de Greta Buysse s’est manifestée. L’édition de ‘’Eros- Thanatos’’ a inauguré cette évolution. ‘’Eternity’’ en est le point majeur – de moins provisoirement – de cette quête de la vie, de son expérience, celle de l’étonnant quotidien, mêlant la beauté à la douleur, au chagrin.

De récents événements, survenus dans la vie privé de l’artiste, ont engagé son processus créatif aboutissant à ‘’Contemplation’’, ‘’Memento Mori’’, ‘’Ultima Cena’’ et l’étrange ‘’Mémoire de la Mémoire’’. En 2003 , ‘’Eternity’’ féminisa la figure Christique déjà présente dans ‘’Alea Jacta Est’’, ce qui constitua une nouvelle période évolutive dans la photographie de Greta Buysse. Tout est là, intimement lié à son vécu, à l’amour envers un cher disparu.

Dans ‘’La dernière Cène’’ de Leonard de Vinci ( autre source d’inspiration) – au malheur du présent, va tel un miroir, se superposer la ‘’Piéta’’ donnant naissance, inexorablement, a ‘’Eternity’’ telle une promesse.

L’œuvre  de Greta Buysse requiert plus q’un simple regard. Elle sollicite toute l’attention de ceux qui vont la (re)découvrir ou la poursuivre dans une sorte de collaboration. Ces œuvres, touchantes , incitent à une introspection partagée, à une large communication. A un partage d’émotions subtiles, à une bienveillance compagnon de ce chemin interprètera librement, et ce chemin et sa propre expérience de l’amour, de la vie et de la mort.

Eva Tahon,
Sint-Janshospitaal – Hospitaalmuseum  Brugge

 Traduction : Madeleine Van Oudenhove (A.I.C.A.)